La Revue de la céramique et du verre N°169 – 2009 | Le Rouge et le Noir

Jean-Pierre Chollet, Chris Gullon, Marc Uzan

Ces trois céramistes ont été choisis pour illustrer le thème du rouge et du noir, car chacun privilégie souvent ces deux couleurs dans leur création, isolément ou en les juxtaposant. Jean-Pierre Chollet et Marc Uzan travaillent une terre qu’ils émaillent alors que Chris Gullon préfère une terre rouge ou blanche qu’elle polit, enfume ou patine.

Les deux premiers céramistes ont un parcours identique, leur première formation fut scientifique, la physique pour Marc Uzan et la physique nucléaire pour Jean-Pierre Chollet qu’ils ont abandonnée tous deux il y a une trentaine d’années pour se consacrer exclusivement à la céramique, discipline pratiquée en acteur autodidacte.

Chris Gullon, leur cadette, a suivi un cursus plus traditionnel, obtenant son diplôme de l’École supérieure d’arts appliqués Duperré en 1982. Elle enseigne depuis 2006 au Cnifop dans la Nièvre.

Quant à Marc Uzan, il transmet sa connaissance de l’émaillage dans un livre et par des stages pratiqués dans son atelier. Toutes les expériences acquises au cours de notre vie sont présentes dans notre mémoire et ressurgissent parfois sans que nous en ayons conscience, peut-être faut-il voir dans ce passé scientifique l’attirance de Marc Uzan pour recréer à la surface de ces pièces aux rotondités parfaites l’apparence de la croûte terrestre se fissurant sous l’action d’une activité volcanique ? Il superpose trois émaux, le blanc, le rouge et le noir qui sous l’action de la chaleur glissent telles les plaques tectoniques de notre planète ; par endroits la surface se crevasse et la matière rouge en fusion jaillit. Le céramiste maîtrise parfaitement sa technique car vingt degrés en plus et tous les émaux s’amalgameraient.

Certaines pièces de Jean-Pierre Chollet s’apparentent également à cet univers minéral produit par une activité tellurique, telles ses géodes à la croûte terreuse que l’on aurait sciées pour faire apparaître la beauté cachée de leur intériorité flamboyante. D’autres sculptures nous évoquent un monde sous-marin hybride animal ou végétal ?

L’inspiration pour Chris Guyon vient alternativement des cultures africaines ou asiatiques et parfois elle aime les réunir dans une même pièce, associant à une surface brute une ligne pure et tendue. Elle évoque selon le traitement donné à la surface un monde végétal par des empreintes d’herbe, d’écorce, un monde minéral en lui donnant l’apparence du marbre, un monde animal par un aspect de cuir ou un monde cosmique par des effets nuagés. La laque ajoute un aspect pictural, où la palette s’enrichit de nuances plus vives.

Toutes ces pièces uniques nous donnent un aperçu de la diversité et de la richesse de la création céramique tout en respectant la contrainte de deux couleurs : le rouge et le noir.Marielle Ernould-Gandouet | La Revue de la céramique et du verre – N°169 Novembre / Décembre 2009