La Revue de la céramique et du verre N°147 – 2006 | Deux céramistes contemporains chez un antiquaire

L’exposition se veut un dialogue. Non entre les deux céramistes invités mais celui que chacun d’eux entretient avec le lieu. Lieu magique il est vrai, car secret, immense et somptueux… Cette conversation intime dévoile le lien fort, tissé entre les œuvres des anciens Chinois et celles d’aujourd’hui… Marc Uzan et Xavier Duroselle ont été invités à relever ce défi en proposant chacun un travail spécifique.

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Une céramique dans l’espace.

Marc Uzan se réclame des bronzes archaïques vus dans la galerie ; des profils minimalistes qui l’ont conquis : « ces pièces se prêtaient au céladon, même si elles étaient difficiles à transcrire ; je les voyais modelées. »

Sur de grandes coupes (60 à 70 cm parfois) qui reposent sur des pieds coniques, les traces de doigts font vibrer cet émail particulier. La paroi reçoit parfois des inclusions, débris, éraflures ou écritures barbares dont l’émaillage en épaisseur viendra atténuer le relief.

Sur la vasque modelée librement en faibles ondulations, un jeu de brillant et de satiné met en évidence le réseau de tonalités différentes. Les grès clairs modelés soutiennent la couleur. Dans cet ensemble luisant de « céladons pierreux » Marc Uzan a développé une matière douce, onctueuse, entre le mat et le soyeux, pour de grandes formes sévères.

Un décalage se joue entre les deux éléments, pieds, coupe. Le piétement tripode est formellement indépendant de la coupe qu’il supporte. Il n’est pas le prolongement de cette forme, les trois cônes renversés au défi des lois de l’équilibre, sont géométriques. Ils surélèvent la forme pour la placer comme en lévitation, suspendue dans l’espace. C’est une forme de sacré, austère comme un combat où de rares fantassins protégeraient la muraille de cette coupe…

Marc Uzan revisite d’anciens piédouches avec ses hautes Colonnes où sont perchées de modestes coupes aux jaunes rares, laiteux et limpides avec des filets noirs ; une recherche sur la translucidité rehaussée de minces tracés obscurs au pied ou à la lèvre. Le grès de ces Colonnes est brossé vigoureusement de marques en oblique, en désordre, qui laissent d’imperceptibles reliefs d’un beau noir métallisé. Un socle imposant, griffé dans l’ombre, de stries combinées qui accrochent la lumière… Le traitement céramique du clair-obscur pictural !

L’étrange chez Uzan réside dans ce mélange intime de concentration, de retenue et de minimalisme qui s’oppose à une liberté plus ravageuse, son attirance forte pour le chaos et la destruction. Ici des rouges de cuivre au profil parfait surmontent des formes déchiquetées, tailladées, coupantes… aux noirs calcinés.

Dans cette exposition Uzan soulève la question de la présentation d’une œuvre dans l’espace, préoccupation des sculpteurs de tous les temps ; ainsi qu’on l’a vu récemment au musée Rodin, avec les socles dont l’artiste multiplia les tentatives et les possibilités…

Et il associe avec une originalité certaine, la brutalité et le raffinement.Ariane Grenon | Extrait – La Revue de la céramique et du verre N°147 - 2006