Catalogue « Rouge comme… » Musées de la Faïence Sarreguemines – 2009 | Marc Uzan

Né en 1955, Marc Uzan découvre la terre à 17 ans dans un centre de loisirs. Son attrait pour celle-ci va croissant et il choisit cette voie, comme activité de vie, à la place de la physique, sa formation universitaire. Ce choix tardif ne lui permet plus de se former à la céramique : il apprendra en « faisant ». Autodidacte certes, mais soutenu par sa pratique de la physique qui lui donnera, les premières années, méthode et rigueur dans l’expérimentation. Il évolue ensuite vers plus d’improvisation et de spontanéité, dans l’attente de résultats inconnus.

Son parcours se déroulera alors continument, à explorer différentes veines, avec une constante : les émaux. Au début, pour former la terre, il utilise le tournage et le modelage, mais expérimentera d’autres techniques de mise en forme : l’estampage, le moulage, l’arrachage, pour augmenter les possibilités. Il dessine préalablement ses formes, mais quelquefois des formes intéressantes sur le papier déçoivent dans leur matérialisation céramique.

Au départ de chaque « veine », il y a le travail de maturation. Les prototypes sont « mis en cave » et attendent leur avenir. Marc Uzan attend la résonance avec ses nouvelles pièces avant d’exploiter « la veine ». Le point de départ en est quelquefois étonnant : un ensemble de pièces détruites dans le four peut lui ouvrir une voie nouvelle. Tant qu’il n’est pas en accord avec ses pièces, elles sont mises au rebus, que ce soit des pièces crues ou des pièces sorties du four ; ce déchet final, c’est « la part du feu », comme il dit. Son but : trouver des pièces qu’il n’a pas cherchées. L’échec est formateur, et fait de lui un perpétuel débutant.

Son travail alterne entre deux voies : la réalisation de pièces classiques aux formes abouties et la déconstruction et déstructuration de pièces qui éloignent l’objet réalisé de l’objet sacré. La déstructuration peut aussi se réaliser dans l’émail (lors des recherches sur l’association du noir et du rouge) ; sa recherche est dans l’écoute de l’incident, qui lui révèlera de nouvelles visions colorées. Selon lui, les couleurs les plus intéressantes sont celles qui donnent de l’énergie : il faut qu’une pièce soit « allumée » comme on dit de quelqu’un « qu’il est allumé ».

Il a retenu différentes leçons : la construction et la rigueur du céramiste anglais Hans Cooper, les libres compositions de couleurs de Ben Lisa, la densité monolithique des pièces d’Édouard Chapalaz et surtout la conjonction exceptionnelle de la forme et du décor chez Pierre Bayle. Il ne s’agit pas, bien sûr, de les copier mais de suivre leur voie. Il apprécie également le peintre Paul Klee pour sa liberté avec les couleurs, qui leur donne une luminosité exceptionnelle.

Sa production est une histoire personnelle, une recherche des limites, une quête  d’adrénaline. Il inverse l’adage de Picasso « je ne cherche pas, je trouve » en un provoquant « je ne sais pas si je trouve, mais je cherche ». La recherche est plus importante que le but, elle prend des chemins foisonnants qui se rejoignent dans un azur bleu, comme dans le tableau de Klee, Chemin principal, chemins secondaires.

Marc Uzan a eu de nombreuses expositions personnelles tant en France qu’à l’étranger. Chaque exposition est un enjeu pour lui, ainsi les trois dernières : à la Galerie XXI sur les céladons, à la Galerie du Viaduc avec une carte blanche sur les noirs, et à la Compagnie de la Chine et des Indes avec l’expérience de la mise en scène.Claude Méa | Catalogue « Rouge comme... » Musées de la Faïence Sarreguemines - 2009