Catalogue de l’exposition Terres et Terres – Email parures de grand feu 2006 – Recueil de textes – Editions Isis expo – 2007 | Marc Uzan

Après des études de physique, Marc Uzan se consacre à la terre, à la transformation des oxydes métalliques, à leurs effets de fascination.

Des expériences enfantines, il garde le souvenir de la terre comme un rempart pouvant canaliser les eaux, de la plasticité du matériau qui se métamorphose en quelque chose d’utilitaire. Sa définition première du céramiste sera « matiériste ».

Il ouvre son premier atelier en 1978, mais il veut se familiariser avec le monde, avec la différence. Il voyage, l’Italie, le Brésil, le Venezuela. Il y côtoie d’autres maîtres, d’autres cultures, et probablement y trouve-t’il la sienne. L’énergie de ses matières, la symphonie des couleurs se dégagent des souvenirs accumulés, lui sont propres désormais. Après le temps de la méthode, celui de la pratique.

Les formules ne sont pas à l’origine des pièces qui le satisfont. Il les connaît, les applique, mais le véritable travail de l’artiste est de les oublier, d’expérimenter une liberté qui n’est plus sur les chemins du savoir ou de la conscience. Il habite la matière jusqu’à ce que l’objet trouve sa cristallisation imprévisible.

Dans son atelier face à la nature, il se donne du temps et du silence pour les jeux interminables de la recherche, la concentration, les coups de flamme, pour faire et défaire. Une forme revient de façon récurrente, ovoïde, au col étroit, à couvercle, aux anses trapues, comme de petites ailes, réminiscence de l’art étrusque dont il garde la délicatesse. Mais c’est le feu qui concentre son effort.

Sa démarche est de saisir qu’il y a du mouvement dans l’immobile et du bruit dans le silence, un potentiel contenu dans les oxydes métalliques. Il se fait l’intermédiaire singulier entre la capacité des éléments, leur mise en relation et son désir de donner à la réalité une dimension onirique. Dans feu et fusion, il y a des étincelles, de l’incandescence, de la couleur et des cendres … Le langage de la passion. Par passion donc, malgré la part de réussite minime dans toute recherche, il accepte erreurs et déceptions, à condition de garder l’imprévisible et le plaisir. Dans ce défi, il a bouleversé l’équation qui donnerait à l’expérience une plus grande efficience.

Il choisit : « de plus en plus de recherche, de moins en moins de production ».

Dans un four de petite taille, il cuit chaque jour un petit nombre de pièces.

Son absence l’avait éloigné des milieux de la céramique française, mais à travers ses expositions dans des galeries prestigieuses, il a pris une place dans les grandes collections.

Son propos n’est pas de se situer entre art et artisanat, seuls ses élans gèrent le temps qui lui consacre, « ici et maintenant » sans nostalgie. Peu importe la réponse.Danielle Cohen | Catalogue de l’exposition Terres et Terres - Email parures de grand feu 2006 - Recueil de textes – Editions Isis expo - Mars 2007